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Léon Tolstoï, Anne Karenine, Moscou: Le Messager russe, 1875-77, 1885 en France par Hachette.

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Gary Raymond, 3 minutes pour comprendre l'univers de Tolkien, éditions Le courrier du livre, 2013

Анна Каренина

Considérée comme un chef-d'oeuvre de la littérature, Anna Karenine, ou Анна Каренина en russe, est publiée par le célèbre Léon Tolstoï dans le périodique Le Messager russe entre 1875 et 1877. La première édition russe paraît en 1878, après un désaccord avec le directeur du journal qui décide d'avorter le contrat avec Tolstoï. Par ailleurs, la fin d'Anna Karenine est synthétisée par la direction de la revue dans une note. Pour l'édition française, il faut attendre 1885 avec Hachette.

Il s'agit d'un pavé, une richissime histoire dévouée à la société russe de 1880, à ses moeurs, à ses armées, à sa politique, à ses hommes, ses femmes, ses enfants, sa paysannerie. L'histoire est double : d'un côté le sort d'Anna Karenine, femme dévouée au grand politicien Alexis Karenine, soit le sort de la haute société russe, et d'un autre côté le sort de la moyenne (dirais-je) société russe avec les couples Lenine-Kitty et Oblonski-Daria. A savoir qu'Oblonski est le frère d'Anna.

Un jour survient la rencontre décisive avec le comte Alexis Vronski, tandis qu'Anna se rend chez son frère, Stiva Oblonski, pour résoudre son adultère et rassurer sa femme Daria. En croisant Alexis Vronski, on assiste au tournant de l'histoire, au moment où Anna perd ses moyens et devient véritablement esclave de sentiments qui pour elle étaient alors méconnus, voire interdits. Alexis Vronski n'est pas Alexis Karenine ; le jeune amant, amoureux, plein de vie et de tendresse n'est pas le mari politicien qui se doit, par sa fonction, de donner la meilleure image de lui et de sa famille aux russes pour qui il oeuvre tous les jours. Parallèlement, Constantin Lenine, grand visionnaire russe et propriétaire d'une terre agricole, va timidement vers la belle Kitty Stcherbatska pour lui demander sa main : celle-ci refuse, prête à accueillir dans sa vie le beau et séduisant Alexis Vronski. Constantin Lenine est dévasté et décide de partir dans ses terres pour quitter la vie aristocrate russe qu'il méprise, s'adonner à son travail de propriétaire et de révolutionnaire, avant-gardiste. Bien entendu, Vronski se tourne vers Anna qui le fascine, l'envoûte  autant pour être femme aristocrate que femme d'un politicien, délaissant Kitty qui est alors humiliée devant toute la cour présente.

L'histoire entremêle plusieurs personnages, plusieurs familles, avec plusieurs enjeux. Pourtant, il n'en reste pas moins qu'il s'agit d'une tragédie qui continue encore aujourd'hui à faire sens, à toucher les lecteurs. De même, le théâtre, le cinéma, la télévision etc, s'en sont emparés. Vous trouverez de nombreuses adaptations.

 

Pour aller plus loin :

Après La Guerre et la Paix qui a donné un travail d'une décennie à Tolstoï, nous retrouvons sa plume, gigantesque, grandiose, incomparable et si réaliste de la société russe où l'apparat et l'argent sont témoins de la réussite sociale, pour entrer dans une histoire où la société, les responsabilités, doivent passer avant soi. Le choix cornélien d'Anna est celui d'une mère : doit-elle céder à ses pulsions et abandonner son cher et tendre enfant pour qui elle est prête à mourir ? Doit-elle céder à l'amour ? Doit-elle rester enchaînée à la politique, au pays entier, à Alexis Karenine, et perdre ses émotions, sa nature de femme, son amour pour Alexis Vronsky, jeune soldat russe ?

Ce choix, qu'il soit jugé bon ou mauvais par nous lecteurs, est grave de conséquence dans cette société russe qui voit dans la liaison la supercherie, le déséquilibre d'une famille, d'un discours, d'une personne, la déchéance religieuse. En devenant l'amante de Vronski, Anna met en péril toute la politique de son mari Karenine, faisant de lui un homme incapable de voir que sa femme le trompe avec un jeune soldat issu d'une famille aisée. Un homme aveuglé peut-il encore mener à bien ses fonctions au sein d'un pays ? Non. Devenu incompétent aux yeux de tous, Karenine est fragilisé, humilié. Le divorce est inconcevable : il met au plus bas de la hiérarchie sociale la femme qui, en plus de céder ses droits, ses biens à son ex-mari, se voit également sans avenir. Qui voudra d'une femme ayant commis le pire des crimes aux yeux de Dieu : l'adultère ? Qui voudra de cette pécheresse ? Alexis ne hait pas sa femme à ce point. De plus, le divorce est le reflet de l'incompétence du mari à gérer son couple ; en cédant au divorce, il n'est pas mieux vu.

C'est bien entendu-là tout le sort d'Anna. Pourtant, ce qui me touche n'est pas tant sa situation, son sort (celui qu'elle porte du début jusqu'au final des plus beaux et tristes), que la manière dont Tolstoï introduit la psychologie dans son ouvrage. Les personnages sont déchirés, littéralement, ils sont perdus. Que doivent-ils faire dans une société qui doit être modifiée ? Dans une société qu'ils refusent ? Autant Anna est victime des apparences entre les hommes et femmes, Constantin Lenine lui est victime du système russe qui prend corps à travers les lois, donc entre hommes (car les femmes n'ont pas leur mot en politique). Tolstoï nous donne à voir une société en faillite, qui doit être repensée, à travers deux destins bien différents en tous points. C'est une histoire qui demande beaucoup d'investissement car elle est complète et riche d'informations : c'est le meilleur moyen, avec La Guerre et la Paix, de nous rendre compte de la société russe du XIXè siècle, une société animée par le christianisme et la politique, la guerre et la réussite.

3 minutes pour comprendre l'univers de Tolkien

 

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Date de dernière mise à jour : 05/01/2017