Bande dessinée

Sommaire

Quoi de mieux que des critiques de "bd" ?

Page 2 Clic 1

Le grand méchant renard, Benjamin Renner, Editions Delcourt, "collection Shampoing", 2015

Page 3 Clic 1

Morgane, Kansara Simon & Fert Stéphane, Editions Delcourt, 2016

Page 4

A venir 1

Roi Ours, Mobidic, Editions Delcourt, 2016

Page 5 Clic 1

La Petite Mort(e), Davy Mourier, Editions Delcourt, collection Humour de rire, 2016

A venir 1

Stupor Mundi, Néjib, Gallimard, 2016A venir 1

A venir 1

L'origine du monde, Liv Stromquist, Editions Rackham, 2016

Le grand méchant renard

Le grand méchant Renard est certainement l'oeuvre emblématique de Benjamin Renner qui lui a permis de décrocher en 2015 le Grand Prix des lecteurs du journal de Mickey , et en 2016 le Prix de la bd Fnac et Fauve Prix jeunesse du Festival d’Angoulême. Il a aussi été la tour d'ivoire du festival A Tours de Bulles 2015. Auteur de Un bébé à livrer, aux éditions Vraoum! en 2011, Benjamin Renner est connu pour avoir notamment coréalisé Ernest et Célestine avec Vincent Patar et Stéphane Aubier, en long métrage.

Grand succès en librairie et chez les lecteurs de bande dessinée, Le grand méchant renard est grand public : il est accessible aux enfants,adolescents, adultes et personnes âgées.

Il s'agit, au premier abord, d'une histoire banale : un renard qui, pour survivre, passe son temps à se faufiler dans la ferme à côté de sa forêt pour capturer de belles poules. Seulement voilà : le renard est maladroit, naïf, ne correspond pas au symbolisme que les sociétés lui accordent : il n'est pas malin, intelligent, puissant. En somme, c'est un pauvre renard obligé de se nourrir de navets gracieusement offerts par toute l'équipe de la ferme.

Un jour, affamé (comme d'accoutumé), le renard croise le loup. Grande rencontre ! Référence à la liberté, à l'intelligence vive, à la menace, symbole d'instinct fort, le loup propose alors au renard un deal des plus alléchants : "Tu vas à la ferme voler des oeufs que tu couveras. Une fois éclos, tu les nourriras jusqu'au jour où ils seront bien dodus. Alors nous les mangerons." Pas du tout rusé, le renard ne remarque pas l'escroquerie. Il accepte et vole trois oeufs qu'il couve effectivement, jusqu'au moment où ils éclosent et là... ! C'est le grand méchant renard. Ce sont les petits poussins renardeaux. Les bébés découvrent le visage de leur "mère", et se prennent pour des renards. L'inversement des rôles est inévitable : il n'existe pas de méchant renard puisque c'est maman. Comment le renard, devenu fou à force d'expliquer à ses "enfants" qu'il est le grand méchant renard et qu'ils vont finir par être mangés par lui et le loup, va-t-il se positionner vis-à-vis de son statut de "mère" malgré-lui ? Va-t-il finalement manger les poussins ? Comment le loup va-t-il tirer profit de cette situation ? Et grande question : qu'en pense la véritable mère, la poule, qui s'est rendue compte de la disparition de ses oeufs ?

C'est une superbe histoire humoristique, pleine de tendresse et de bon sens aussi. On ne s'ennuie pas une seule seconde. Il est amusant de voir comment le renard, de nature rusé, se fait stupidement avoir par le loup qui le manipule. Il le prend en pitié, comme toute la ferme. Ce pauvre renard est mené en bateau jusqu'à la fin du livre (oups!). On le voit évoluer, on le voit devenir mère célibataire, mère malgré-lui. Il est amusant de voir comment Benjamin Renner a modifié les rôles des personnages, comment il les a inversé, au point que parfois, la pitié pour le renard devient tellement grande qu'elle change complètement l'approche humoristique.

En effet, à force d'être manipulé, ridiculisé, il peut arriver dans la lecture que le renard soit réellement pris en pitié, et que le lecteur n'accepte pas ce parti-pris du dessinateur. La lecture devient pénible, on sent coupable de lire, car en lisant on accepte cette situation qui nous déplaît. Il faut toutefois prendre cela comme une histoire : elle doit divertir, et le but est de montrer comment, même si on n'est pas rusé, l'on parvient à redresser la situation, à être heureux. A trouver un équilibre.

Concernant le graphisme, les traits sont fins, dessinés à l'aquarelle, ce qui apporte une fluidité incomparable. Les dessins sont petits, se développent sur plusieurs cases (invisibles puisque le fond de la page reste blanc pour plus de fluidité et de liberté de l'image), ce qui permet de les voir indépendamment les uns des autres et de bien visualiser le trait et les couleurs. Les plans sont très bien réalisés, on a vraiment l'impression d'être une caméra qui suit constamment le renard dans son aventure, d'être dans un sitcom. On se prend d'affection pour tous les personnages qui ont chacun leur personnalité, ce qui permet d'avoir des dialogues différents vis-à-vis du renard. Les animaux sont expressifs, les dialogues bien écrits. Il y a de quoi se régaler, en somme !

 

Pour aller plus loin :

Le Grand Méchant Renard et autres contes

Le Grand Méchant Renard et autres contes

Comment parler du Grand méchant renard sans évoquer le film (qui sort aujourd'hui, par ailleurs) ?

Après Ernest et Célestine, Benjamin Renner revient sur son oeuvre avec Patrick Imbert (Ernest et Célestine, Avril et le monde truqué), pour le plaisir des yeux. En effet, le visuel est au plus proche de celui que l'on a pu apercevoir dans la bande dessinée : des cernes parfois ouvertes et surtout les aplats à l'aquarelle. La palette chromatique reste la même que celle présente dans la bande dessinée. De quoi se jetter corps et âme dans ces 1h et 20 min de plaisir.

Il est actuellement 13h lorsque je rédige cet article, je n'ai donc pas eu l'occasion de me précipiter dans une salle de cinéma. Certainement ce week-end, ce qui me permettra de réactuliser cette page et de vous donner mon avis.

Si le sujet vous intéresse (notamment savoir que les personnages ont été imaginés selon les contes anthropomorphes de Marcel Aymé, La Fontaine, ou encore d'autres anectodes sur la réalisation du long métrage), vous avez de quoi lire :

Morgane

En introduction, qui est Morgane ? Une fée, souvent la demi-sœur parfois la sœur d'Arthur. Il s’agit donc d’un personnage de la mythologie arthurienne. Morgane est l’élève du sorcier Merlin, elle hérite de dons qui lui permettent de maîtriser la magie ; cependant, même si elle est avant tout sœur du roi, elle lui portera tête quitte à devenir son ennemi. Elle et Arthur auraient été séparés à la naissance, pour deux destins différents ; lorsqu’ils se retrouvent, c’est pour commettre un inceste ; Morgane donnera naissance à Mordred, l’emblématique assassin du roi Arthur.

Dans cette adaptation de la mythologie arturienne, nous suivons Morgane (personnage principal) et délaissons le destin d'Arthur. L'histoire est scindée en 8 chapitres (ou séquences) : La mort de Morgane ; Une promesse ; Les enchantements de Tintagel ; Mauvaise graine ; L'épée des rois ; La table ronde ; L'amour courtois ; et Les héritiers. Chaque séquence s'intéresse à un moment clef de l'histoire de Morgane, décrite comme une femme sensuelle dévorée par la haine. Elle n'a qu'un but : tuer Arthur et retrouver sa légitimité (soit le trône du royaume de Bretagne). Délaissée à sa naissance car elle est née "pisseuse" nous souligne sa mère, Morgane grandis dans un univers de chevaliers. Son père est en guerre contre Uther Pendagron, ce qui un jour le force à partir et à laisser le régence à sa fille ; celle-ci doit immédiatement faire face à une liaison entre le Père Blaise et soeur Justine. Son verdict (Père Blaise emprisonné et soeur Justine relachée) lui vaut de se faire appeler sorcière et d'être liée au Malin, ce qu'elle ne supporte pas. Un jour, alors qu'elle protège les remparts, le roi revient et la félicite : "Bravo, petite", néanmoins nous savons tous comment Uther Pendragon s'est inflitré dans le lit de la reine : en buvant un breuvage de Merlin qui lui donne l'apparence de son mari. Morgane surprend Uther et sa mère et doit mourir, pourtant Merlin surgit et emporte la jeune demoiselle avec lui. Durant la période où Morgane est prisonnière de Merlin, contrainte à apprend à maîtriser la magie, Morgane grandie et devient une femme, ce qui trouble Merlin. C'est par ailleurs un personnage que j'affectionne beaucoup, car Merlin est prit à son propre jeu : amoureux de Morgane, il se fait dupé par celle-ci qui ne jure que par la vengeance. Je n'en dirais pas plus, car l'intrigue est nouée autours de la relation entre Merlin et Morgane et entre Morgane et sa vengeance. L'histoire est à découvrir si l'on aime la mythologie arthurienne, la fantasy.

Les dessins eux sont sublimes (forcément). Nous retrouvons l'univers noir et baigné de ténèbres dans lequel évolue Morgane. Du rose vient tonifier les couleurs sombres (bleu, noir, turquoise, pourpre) et rappeler qu'il s'agit d'un destin de femme (et le rose est une couleur calme, zen ; par ici le féminisme). Les personnages, dessinés par Fert, sont pleins de charisme, de vie, leur caractère correspond à l'image que nous avons d'eux au fil des pages. Chaque chapitre a sa propre ambiance, ce qui permet d'avoir des expériences de lectures différentes. Nous nous attachons aux personnages, à ce qu'ils deviennent sous les plumes de Kansara et Fert. Ils ne sont plus ceux que nous connaissons, et c'est ce qui procure une sensation de découverte, ou de redécouverte, de l'histoire de Camelot.

 

Pour aller plus loin :

Roi Ours

 

 

Pour aller plus loin :

La petite mort(e)

Couverture La Petite Mort(e)4e couvertureLa Petite Mort(e) introduction

 

Après La Petite Mort, voici La Petite Mort(e), toujours publiée aux éditions Delcourt en 2016.

Grande fan, j'ai été ravie de retrouver l'esprit de Davy Mourier dans chaque page, et bien entendu de retrouver l'esprit de La Petite Mort. Dans la famille Mort, il n'est pas coutume d'avoir une fille : comme nous le montre clairement la bande dessinée, la femme est mère au foyer et non faucheuse. Le père est le seul membre de la famille à travailler. Une vieille image patriarcale scande les pages de La Petite Morte : le père, mécontent d'avoir une fille, décide de régler ce petit problème auquel aucun membre de la famille Mort n'a été confronté. Le service assure qu'il ne s'agit pas d'une erreur ; cela met Papa Mort en colère et entreprend d'élever sa fille comme un garçon : elle sera faucheuse et ne restera pas là sans rien faire comme sa mère.

Maman Mort elle, s'inquiète terriblement pour son enfant, d'autant que celle-ci est envoyée en école privée. Là-bas, elle rencontre les mythes et folklores de la mort, des différentes religions : religion nordique etc. Là-bas, La Petite Morte fait la connaissance de Patrick, le seul humain (qui est par ailleurs malchanceux). Là-bas, elle commence une histoire d'amour avec Patrick, or Papa Mort ne supporte pas cette idée : aucune Mort ne fricote avec un humain ; les Mots tuent les humains, ils ne les aiment pas. 

Excédé, Papa Mort, aidé par un ami humain psychopathe et tueur en série (qui lui donne pas mal de taff, d'où la raison de leur amitié), met en oeuvre la mort de Patrick, qui se retrouve sur la table de l'école, devenu cobaye pour les Morts des cultures et religions. Terrifiée, La Petite Morte fuie chez elle dans les bras de sa mère. Lorsqu'elle découvre la vérité, La Petite Morte ne veut pas y croire ; mais dans son sang coule la Mort, alors elle ne voit qu'une seule solution : la mort, justement.

Davy Mourier nous livre un final plein de rebondissements : je n'aurais imaginé, à aucun moment, même si je trouvais la situation patriarcale très exagérée (tant au niveau de la situation de la famille Mort que dans les réactions de Papa Mort), que les dernières pages seraient aussi violentes et, je l'admets, aussi jouissives (parce qu'au fond, quand on a du caractère et que l'on refuse la situation de Maman Mort, on souhaite qu'elle réagisse comme elle le fait et qu'elle sorte de sa situation de femme battue {oups!}). Papa Mort est un personne qui rejette tout ce qui n'a aucun lien avec son métier, il est une figure essentielle, il est là car il est important, nécessaire. Sa place au sein de l'univers n'est pas la même que Maman Mort (qui n'est pas faucheuse), la même que les femmes et les petites mortes. Papa Mort veut un fils, il n'en a pas eu, alors il est colérique jusqu'au bout. Il frappe sa femme, n'accepte pas sa situation familiale ; il est une mort violente. Et il aura, d'ailleurs, une mort à son image : violente. Et jouissive. Car c'est tout ce qu'il mérite, après tout, en considérant sa famille, sa situation, de la sorte.

Pour aller plus loin :

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Date de dernière mise à jour : 21/06/2017

×