Littérature pour la jeunesse

Sommaire

Il sera question dans cette page de publier des avis critiques de livres pour la jeunesse. La première page est réservée au sommaire, ce qui est primordial pour mieux naviguer.

 

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Marcus Pfister, Arc-en-Ciel : le plus beau poisson des océans, Editions Nord Sud, 1996

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Dimitria Lunetta, In the After, Lumen, 2014

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Myra Eljundir, Kaleb, Editions Robert Laffont, "Collection R", 2012 pour la saison 1, 2013 pour les saisons 2 et 3

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Gatignol et Merwan, Pistouvi, Dargaud, 2011

 

 

Arc-en-ciel : le plus beau poisson des océans

 

Arc-en-ciel

 

Arc-en-ciel est le titre éponyme de l'oeuvre de l'écrivain suisse Marcus Pfister publié en 1996 en France aux éditions Nord Sud. Ce livre marqua mon enfance. Je pourrais vous parler de la qualité du dessin, de l'usage des couleurs, la douceur des traits, mais non. D'autres vous en parlerons. Ou je le ferais plus tard.

Arc-en-ciel, nommé ainsi par les autres poissons, est hautain, fier et dédaigneux. Un jour, un petit poisson sollicite d'Arc-en-ciel qu'il partage avec lui ses écailles, mais est-il disposé à le faire ? Non. Bien entendu, le petit poisson raconte ce qui s'est passé aux autres poissons et dès lors, plus personne n'approche et ne parle à Arc-en-ciel, jugé égoïste. De surcroît, il est ignoré. "Plus personne ne voulait être son ami.". "A quoi servent les plus belles écaillent du monde s'il n'y a personne pour les admirer ? A Présent, Arc-en-ciel n'était plus seulement le plus beau des poissons des océans, c'était aussi le plus seul.". Arc-en-ciel fait part de sa tristesse à une étoile de mer : "Je suis si beau, pourquoi est-ce qu'on ne m'aime pas ?", pour toute réponse, l'étoile lui conseille d'aller voir Octopus, la pieuvre. Cette dernière lui conseille "d'offrir à chaque poisson qui te le demandera, l'une de tes belles écailles. Tu ne seras peut-être pas le plus beau des poissons, mais tu seras un poisson heureux." Bien entendu, Arc-en-ciel est indigné : "Je ne pourrais jamais être heureux sans elles." C'est alors que le petit poisson du début de l'histoire surgit et lui demande encore d'être "gentil" et de lui céder une de ses écailles. Après une brève hésitation, Arc-en-ciel lui donne la plus petite de ses écailles en lui intimant de s'en aller, maintenant qu'il a ce qu'il voulait, mais le petit poisson le remercie encore et encore, ébranlant Arc-en-ciel. Bien entendu, le petit poisson se fait remarquer et bientôt, Arc-en-ciel est entouré de poissons désireux eux-aussi de posséder une belle écaille. Arc-en-ciel, contre toute attente, s'exécute et se retrouve à partager avec les autres poissons, satisfait de les voir heureux. "Il n'était plus le seul avec des petites écailles brillantes", et une fois dépossédé de toutes ses écailles, sauf une, les autres poissons lui proposent, enfin, de jouer avec eux.

 

Pourquoi cette histoire me marqua ? Petite, je ne comprenais pas cette histoire, elle était fascinante et incompréhensible pour moi : pourquoi Arc-en-ciel doit-il se déposséder de lui-même, de ce qui fait sa personne, pour se trouver des camarades ? Pourquoi doit-il s'amputer de ses écailles pour ne plus être seul ? Il existait, selon moi (et encore aujourd'hui), d'autres alternatives. La beauté était, à mes 4 ans, une notion vague. La beauté est présente dans les contes, les histoires. Bien évidemment, on dit d'une amie qu'on la trouve belle, jolie. Il est inconcevable que pour se faire des amies, une enfant de cet âge doive partager sa beauté. Et puis, comment le pourrait-elle ? En donnant ses beaux yeux bleus ? Ses beaux cheveux blonds ? En faisant quoi ? Placé dans la réalité, cette histoire était donc incompréhensible. Je savais pourtant qu'il s'agissait d'une histoire, je la lisais souvent (je la volais souvent aussi à ma BCD), mais elle n'avait pas de sens. La beauté et le partage sont les deux enjeux de ce livre, l'un mène à l'autre. C'est parce qu'il est trop beau qu'Arc-en-ciel n'a pas d'ami, d'ailleurs, il ne conçoit pas sa vie sans ses écailles. Elles sont tout pour lui : son identité. Je ne pouvais m'empêcher, enfant, d'être en désaccord avec sa décision. Il n'est pas nécessaire de donner son identité pour avoir des amis. Arc-en-ciel a besoin qu'on lui ouvre les yeux sur sa situation de poisson solitaire (d'enfant solitaire) pour qu'il se décide à changer d'avis. Une fois chose faite, il s'en trouve mieux, plus heureux. Par contre, un enfant solitaire n'a pas d'amis à cause de son comportement ou parce qu'il n'est pas beau et qu'on se moque de lui. Ce n'est jamais parce qu'un enfant est trop beau qu'il est seul. On se moque de la laideur, pas de la beauté.

Bien entendu, c'est une formidable histoire pour les enfants : elle leur apprend le sens du partage, la remise en question, le besoin de parler à quelqu'un pour se sentir mieux, le fait que nous ne sommes jamais seul (l'étoile de mer et Octopus ne rejettent pas Arc-en-ciel, contrairement aux poissons, ils le conseillent comme ils peuvent). Pour avoir des amis, il faut partager. Seulement, j'y reviens encore : pour se faire des amis, il n'est pas nécessaire de partager sa beauté. Reformuler ainsi, l'enjeu est tout autre. L'écaille est l'identité d'Arc-en-ciel, ce qui fait qu'il est le plus beau des poissons des océans, mais l'écaille est un objet matériel : faut-il alors partager des affaires matérielles, des objets auxquels un enfant tient, pour qu'il puisse se faire des amis ? Doit-il donner son stylo à l'effigie de son héro(ïne) ? Par ailleurs, il a fallut qu'Arc-en-ciel se retrouve dépossédé de ses écailles pour que les poissons l'invitent. Drôle de comportement : maintenant que tu n'as plus aucune identité propre, tu peux venir avec nous, maintenant que nous t'avons volé nous t'acceptons tel que tu es.

Toutes ses questions, je me les posais petite quand je lisais ce livre. Lors de ma licence à Aix-en-Provence, nous avons travaillé à L'île aux livres de l'Alcazar (BMVR de Marseille) et il a été question de cet ouvrage. J'ai partagé à la responsable mes avis vis-à-vis de ce livre. Elle m'a certifié que ce n'était pas la première fois qu'elle avait affaire à un enfant déstabilisé par l'histoire et l'enjeu. Il lui arrivait, très rarement, lorsqu'elle faisait la lecture à des groupes, qu'un enfant proteste et fasse le même constat que celui que je viens de faire. Cela me rassura : je n'étais pas la seule enfant à penser de la sorte. Je pense qu'aujourd'hui il est possible de faire un réel travail sur Arc-en-ciel, un travail critique, analytique, qui saurait faire ressortir avec davantage d'appui, de recherche, de ressources, les enjeux de ce livre pour la jeunesse, qui surprend encore aujourd'hui des enfants par la complexité du message qu'il transmet.

 

Pour aller plus loin :

In the After

In the After est le premier tome de Demetria Lunetta, publié aux éditions Lumen en 2014.

L'histoire est celle d'Amy, 14 ans, jeune américaine. Sa vie est celle d'une adolescente banale jusqu'au jour où la télévision se coupe, les appels ne sont plus émis. L'écran de la télévision se rallume pour laisser découvrir un alien à Central Park. Commence alors l'histoire de sa survie sur une Terre infestée d'extraterrestres aux comportements de zombies. Rien de plus naturel. Le tome 1 est divisé en 3 phases :

  1. L'Après, qui narre comment les personnages principaux (Amy et Baby) survivent ;
  2. Newhope, quatre mois plus tard, qui nous apprend qu'il existe une colonie de survivants ;
  3. Les Gardiens, qui, bien entendu, nous annonce la fin de l'ouvrage (pour ne pas spoiler davantage)

L'histoire s'adresse à des adolescents friands de récits post-apocalyptique et de dystopie (genre où les personnages ne peuvent accéder au bonheur, à une fin heureuse, à cause de la société, une sorte de cauchemar prolongé). La dystopie est un genre qui a su évoluer aux XXè et XXIè siècles pour ne plus seulement s'intéresser aux adultes mais aussi aux adolescents. Initié par des auteurs comme Aldous Huxley (Le meilleur des mondes, 1932), Ievgueni Zamiatine (Nous autres, 1920), Karel Capek (La guerre des salamandres, 1960), Rad Bradbury (Fahrenheit 451, 1953 pour l'édition américaine, 1955 française), Pierre Boulle (La planète des singes, 1963), George Orwell (1984, 1950), le genre s'est décliné. Sa formation vient de la contraction du préfixe grec dys (négation, malformation) et du radical topos (lieu). La dystopie a pris de l'envergure dans les romans pour la jeunesse avec The Giver (1993), de Lois Lowry publié en 1994 en France sous le titre Le Passeur, la série de Scott Westerfeld (Uglies, Pretties, Specials, Extras et Secrets), et le genre s'est affirmé avec l'adaptation des Hunger Games en 2012 (sortie du premier tome en 2008). Bien entenud, au vue du récit post-apocalyptique qui, comme j'ai pu l'annoncer plus haut, se conjugue à une forme extraterrestre, impossible de passer à côté du célèbre Herbert George Wells, La Guerre des Mondes, premier roman où il est question d'une race extraterrestre entrant en contact avec l'homme, paru en 1898. Trois ans plus tôt sortait La Machine à explorer le temps. 

L'histoire est bien ficellée, il y a pourtant quelques points à revoir : lors de ma lecture, j'ai bien lu que le public visé est celui de la jeunesse. Les personnages sont chanceux (les parents d'Amy auraient pu ne pas travailler pour le Ministère et ne pas être écologistes), l'écriture est certes fluide, mais parfois il aurait été judicieux de faire paraître Amy bien plus humaine que génie. Oui, Amy est un génie : elle lit beaucoup, elle préfère la littérature à tous les autres domaines d'étude, elle cite Shakespear, elle est maligne, sait se servir d'une arme, sait réfléchir dans les dix secondes, établir un plan qui fonctionnera (bien évidemment). Bref, j'aurais aimé qu'il n'y ait pas tous ces coups de chance et qu'elle soit vraiment moins adulte et plus située réellement dans son âge. Certes, elle vit 3 ans sur Terre avec Baby jusqu'à Newhope, c'est beaucoup. C'est énorme comme une maison ! J'aurais apprécié ce livre à mes 14 ans, mais j'aurais fait la même critique : un peu de vraisemblance, que Diable ! Cette Amy, décidément, a tout du personnage américain stéréotypé, héros des comics (je cible Captain America en premier car il est l'image de la nation qui se fait ridiculement utiliser), j'aurais apprécié un peu plus de réalité dans le comportement (une Amy Pond qui commet des erreurs). Cependant, le livre est un bon ouvrage qui a fait parléerde lui lors de sa sortie, a été beaucoup estimé des libraires américains (il en reste encore, ouf). De quoi se poser la question pourquoi et de le lire.

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Nous suivons donc l'histoire, dans un premier temps d'Amy et Baby, qui survivent tant bien que mal à l'intérieur de la maison d'Amy, entourée d'un grillage électrique qui les protège. Les aliens ne sont ni ceux que l'on a pu voir dans Mars Attack ou dans les nombreuses adaptations de La guerre des mondes. Ils sont un mélange des zombies que l'on a pu connaître dans World War Z (Max Brooks, 2009 en France), des zombies imaginés par George Andrew Romero, et un mélange de l'idée du petit bonhomme vert. Les extraterrestres sont assoifés de chair fraîche, ils se déplacent vite dans la lumière mais sont aveugles dans la pénombre. Ils ont un ouïe très développée, ce qui obligent les survivants à se déplacer avec circonspection et silencieusement. 

Il est agréable de voir comment les personnages principaux parviennent à survivre, notamment en développant un langage des signes qui n'est pas seulement fait pour être vu, mais pour être sentit. Il arrive qu'Amy et Baby "discutent" entre elles en utilisant un langage morse grâce aux doigts.

L'histoire pourrait être banale, un énième roman sur le sujet post-apocalyptique, sur les aliens, mais Demetria Lunetta a démontré qu'il est possible de faire d'une petite histoire une série captivante, qui demande de se concentrer sur les détails. En effet, c'est ce que j'ai fais lorsque le terme pour définir les aliens est apparu : FLORAE. Ayant fait du latin, je me suis dit : "Tient, ça, ce sont des descendants de Flore/Flora, la déesse de la Terre et de l'Agriculture. Il doit y avoir un lien pour qu'ils ne soient pas considérés comme forme extraterrestre." J'ai mis le doigt sur l'une des questions fondamentales du tome 1 : que/qui sont ces aliens ? 

Autre point intéressant, le changement psychologique d'Amy : tellement fascinée par les aliens, elle vient à développer une sorte de personnalité perversesà leur égard. Le personnage grandi en devant faire face à un ennemi qui n'est pas clairement identifié (alien ? vraiment ? Florae ? Florae de quoi ?) et qui, pour éviter de tomber dans la folie, doit trouver un moyen de rire de la situation (comme le dit Rabelais, le rire est le propre de l'homme).

Cependant, le personnage d'Amber qui aurait pu être, soit dit en passant, moins le miroir de l'héroïne (aux antipodes d'Amy) et être affirmée en tant que méchante, s'il fallait réfléchir en vision manichéenne. On comprend que ce personnage est abusé, perdu, mais il devient vite lassant (je trouve), car sa seule utilité est d'être l'opposé d'Amy en bien des domaines, de se laisser embobiner par son frère, par sa hiérarchie, de ne pas être capable de réfléchir par soi-même, d'être un boulet et ne pas être capable de s'adapter à la situation présente (survivre sans faire le moindre bruit).

Si vous voulez un peu de peur, de suspense, d'extraterrestre szombies, d'affaire de famille et d'un nouveau monde, n'attendez pas.

Pour aller plus loin :

 

Kaleb

Cycle de l'auteure Myra Eljundir (qui est en réalité Ingrid Desjours, auteure de romans policiers avec EchoLes fauvesLa prunelle de ses yeuxTout pour plaire ou encore Potens), Kaleb est un roman pour la jeunesse  publié entre 2012 et 2013 aux éditions Robert Laffond, dans la collection "R", accessible dès 13 ans. Pourquoi ?

Kaleb n'est pas un livre à destination de la jeunesse comme les autres, il rompt les codes qui veulent qu'une vision manichéenne soit visible d'emblée, c'est-à-dire que le personnage principal et ses acolytes soient représentatifs, ou partisans, du Bien. Leurs ennemis sont, par évidence (et par essence), le Mal. Kaleb est le titre du cycle (qui fonctionne selon 3 saisons) mais également celui du personnage principal : Kaleb Helgusson. C'est un jeune homme de 19 ans (nous sortons des images du personnage de 14 ans déjà mature) qui découvre un jour des pouvoirs, mais pas n'importe lesquels : des pouvoirs qui donnent la mort. Il pénètre dans l'esprit des gens (c'est un puissant télépathe, en somme) et peut, tel un circuit électrique, tout faire disjoncter. C'est hélas ce qui arrive à une jeune femme.

Cette faculté fait de lui un être, nous le voyons, très puissant, qui peut à tout moment, en manipulant vos émotions, votre cerveau, faire de vous un légume. Par ailleurs, il n'en a pas le contrôle. Pourtant, les personnages "gentils" seraient terrifiés par ce pouvoir, ils tenteraient de trouver un remède, or, ce n'est pas le cas de Kaleb : il y prend goût. Il se laisse choir dans ces pouvoirs incontrôlables qui font de lui un être mystérieux, un être que tout le monde veut posséder.

Le sort de Kaleb est lié à celui du volcan Eyjafjöll. Se sachant d'une lignée d'enfant islandais (par sa mère) ayant été touchés par les cendres du volcan, il se retrouve à vouloir en savoir davantage : un forum l'aidera. Il y trouvera des réponses, car ce forum est réservé aux Enfants Du Volcan (EDV). Toutefois, c'est aussi par ce forum qu'il sera découvert, et qu'une armée ayant pour mission de le trouver et de le traquer, arrivera chez lui, tuant la seule famille qui lui reste : son père. Kaleb n'a plus de mère : celle-ci est morte à sa naissance, tuée par les pouvoirs de son fils. Eh oui, il n'a pas de chance.

Obnubilé par ce pouvoir, Kaleb devient un dangereux prédateur, convoité par cette armée. Mais quel lien a-t-il avec cette armée ? Qui sont ces gens qui le traquent ? Que veulent-ils faire de ses pouvoirs ? Par ailleurs, Kaleb, séducteur hors pair et manipulateur psychopathe, fait la rencontre d'une charmante rousse : Abigail, qui s'avère être une succube. Celle-ci s'allie avec lui, mais dans quel but ?

A savoir que le livre est déconseillé aux moins de 13 ans, seulement l'éditeur lui, le déconseille aux âmes sensibles et aux moins de 15 ans. Pour ma part, je suis d'avis de l'éditeur. Des scènes issues de l'esprit machiavélique d'Ingrid Desjours (que j'adore, pour en plus avoir dirigé une interview lors de ma L3 en Métiers du livre) que l'on retrouve (à plus forte dose) dans ses romans policiers, scandent le cycle. Par ailleurs, la relation, malsaine, entre Kaleb et Abigail n'est pas accessible et lisible pour des lecteurs de moins de 15 ans. A vos risques et périls.

C'est un roman pour la jeunesse que j'ai vraiment apprécié (non pas parce que j'apprécie déjà l'auteure) car il sort des sentiers battus. C'est  une lecture qui sort de l'ordinaire, elle est là pour montrer qu'il n'y a pas que les gentils qui font les histoires : les histoires n'existent que parce qu'il y a des mauvaises gens pour leur donner un sens. Kaleb est énigmatique, il est l'esprit du Mal, il EST le Mal incarné, et nous le savons, nous suivons ses pas, nous avons accès à ses pensées. Nous sommes comme lui, coupable, heureux, soulagé, insensible et puissant. Nous sommes Kaleb et nous aimons ça, tout comme lui. Le fait de suivre un personnage malveillant change complètement la donne : nous sommes pour une fois dans la tête du méchant, de celui qui doit se faire arrêter, qui doit mourir. Nous apprenons à l'apprécier pour ce qu'il est, pour ce qu'il fait, et nous refusons qu'il soit capturé. Nous aimons sa manière de vivre, sa manière d'aimer Abigail, sa manière d'être proche des autres Enfants du Volcan (en 3 saisons, il s'en passe des choses). En étant du côté du mal, de ceux qui en théorie ne doivent pas gagner, parvenir à leurs fins, nous apprenons à voir l'histoire différemment, selon un autre point de vue déstabilisant, auquel nous sommes peu habitués. De plus, les couvertures vont dans ce sens : à y regarder de plus près, il s'agit de peau humain, qui au fur et à mesure des saisons perd de sa couleur pour devenir terne, froide : c'est une mutation de la peau d'un Enfant du Volcan quand celui-ci opte pour le mal.

Si vous voulez changer d'air, lisez Kaleb, et devenez Kaleb.

 

Pour aller plus loin : 

 

Pour faire la différence entre le cycle et la série, voici de quoi éclairer votre lanterne :

Pistouvi

Pistouvi

Dessiné par Gatignol Bertrand (Petit, collection Métamorphose) et scénarisé par Merwan (Fausse Garde chez Vent d'Ouest, Pour l'empire avec Bastien Vivès chez Dargaud ou encore L'Ourso chez Glénat avec David Alapont), Pistouvi est publié chez Dargaud en 2011. Une version couleur, appelée Jeanne, qui se veut proche du manga (souple), était disponible. Aujourd'hui, Pistouvi est seulement en noir et blanc ce qui, à mon avis, participe à l'atmosphère pesante que j'ai pu ressentir tout au long de ma lecture (surtout à la fin).

Je reprends la présentation de Dargaud : 

Une petite fille, Jeanne, vit avec un jeune renard, Pistouvi, dans une charmante cabane située au sommet d'un arbre géant. Un « homme tracteur » sillonne ces espaces infinis, fauchant sans relâche. Le vent, représenté sous les traits d'une magnifique femme aux cheveux ondulants, s'applique à planter graines et semences qu'il tire de sa besace, contrecarrant ainsi les projets du défricheur. C'est dans ce monde que Jeanne et Pistouvi apprennent chaque jour l'altérité, symbolisée par les oiseaux persifleurs. Pour le renardeau, ces chants représentent un danger, celui de le transformer en oiseau ! Cette fable, empruntant ses symboles au monde des enfants, donne vie à l'univers. D'abord fusionnelle, la relation entre les deux héros s'accidente avec le temps. C'est un conte où le mal est invisible, mais présent ; où le passage dans le monde adulte, changement inéluctable, n'est pas sans créer quelques désillusions !

Lorsque j'ai refermé Pistouvi, j'étais perplexe : j'étais à ce moment-là libraire à Bédélire et nous proposions ce titre en jeunesse, seulement voilà : je considérais cette bd comme beaucoup trop complexe et riches d'allégories pour être conseillée à un enfant. Ce que j'ai vu/lu, ce fut un conte pour enfant, un conte noir, où deux jeunes enfants (Jeanne et Pistouvi, son ami renard), vivent dans un arbre, un bel et gigantesque arbre. Il s'agit de leur nid, qu'ils ont construit dans leur monde. Un monde fou qui nous échappe, où un homme (un géant), sur son tacteur, n'a de cesse de faire le tour de ce monde et de déraciner tout ce qui est possible, détruisant tout sur son passage. Pourtant, cet homme est un adulte, il a ses raisons, il est guidé par ses convictions, par sa nature d'adulte, ce que ne sont pas Pistouvi et Jeanne. Eux, ce sont des enfants ; ils s'amusent. Il leut arrive de croiser l'homme sur son tracteur, mais également une belle jeune femme : le vent. Elle aussi a une mission : replanter et faire vivre la nature. Nous avons l'homme d'un côté, et en pendant la nature. L'un détruit, l'autre redonne vie. Au milieu, Jeanne et Pistouvi vivent au jour le jour ; Jeanne est une chapardeuse (elle dérobe une graine au vent et la plante dans la maison), Pistouvi est téméraire et s'en va jeter des pierres sur les oiseaux, mettant sa vie en danger (ce qui énerve Jeanne), car Pistouvi ne supporte pas le chant des oiseaux ; des oiseaux sombres, ténébreux. Il en fait des cauchemards. Mais à chaque fois ils reviennent chez eux et regardent les étoiles, rêvent encore et une question nous brûle les lèvres : que cache Pistouvi ?

Lorsque les enfants viennent à croiser les oiseaux, Jeanne s'efforce d'aider son ami qui se recroqueville, terrifié, paralysé par les animaux ; des plumes d'oiseaux naissent dans sa fourrure de renard et nous laisse perplexe. Les oiseaux, sauvages, ne se rendent pas compte du mal qu'ils font naître. Continuellement, Jeanne veille sur Pistouvi. Ces amis s'aiment d'une franche amitié : l'un dépend de l'autre, ils sont inséparables. Raison pour laquelle, lorsque Pistouvi s'en va seul, même au pied de l'arbre où ils vivent, pour jeter des pierres sur les oiseaux, Jeanne s'inquiète et le fait immédiatement rentrer à la maison : elle boude, elle lui en veut d'avoir mis sa vie en danger et de ne pas avoir pensé à ce qu'elle deviendra si jamais il lui arrivait quelque chose (soit auxc conséquences de ses actes, une grosse responsabilité).

Or, il arrive un jour où, désarçonnée, Jeanne contemple la transformation de Pistouvi : affolé, ce dernier disparaît dans des plumes. Il devient sombre, noir ; il change de corps et soudainement le voilà devenu oiseau. Un petit hibou ; un hibou qui, sous les yeux de Jeanne, sans un regard pour elle, s'envole vers les siens, abandonnant son ancienne amie qu'il a l'air d'avoir oublié. Jeanne, dorénavant seule, semble perdue, égarée, sans espoir. Abandonnée par son meilleur ami, ignorée à son départ, la voici livrée à elle-même, soutenue par l'homme au tracteur et par le vent. La voici face à la réalité : elle doit grandir et se transformer à son tour, quitter son arbre, sa maison, et devenir adulte. Les destins se croisent, se séparent, et maintenant il faut aller de l'avant.

 

Pour aller plus loin :

 

 

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Date de dernière mise à jour : 18/01/2017

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