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Carnet de recherche Métiers du livre, critiques, études

Coups de cœur - Imaginaire

Le 04/05/2026

Bienvenue dans la nouvelle section de ce blog : les coups de coeur consacrés aux littératures de l'Imaginaire !

Saga Scorpi - Roxane DAMBRE

Ceux qui marchent dans les ombres (Scorpi, Tome 1)

De prime abord, tout ce qui touche à la France quand il s'agit de SF, j'ai du mal, je l'avoue. Là, il s'agissait d'un petit gratuit dans l'OP Poche et j'avais besoin de me changer les idées. Banco, je suis preneuse, il n'y a que les idiots qui ne changent pas d'avis ! Me voici donc à lire la quatrième de couverture et le résumé est prenant. Il me donne envie. Je débute donc ma lecture sans attendre que ce livre soit transcandant. Et pourtant ! L'écriture de Roxane Dambre est simple, efficace, humoristique et bien ancrée dans notre époque. Sans trop entrer dans les détails car je n'apprécie pas énormément les articles où tout est révélé, sachez que notre héroïne, Charlotte Laroche (un prénom et un nom de famille bien français, cela va sans dire), une jeune provinciale faisant la fierté de sa famille car elle a décroché un poste sur Paris, passe par des situations qui peuvent nous arriver à toutes : le harcèlement sexuel au travail, les agressions dans la rue, avec tout ce qui touche à nos sentiments, nos émotions et nos réactions (ne rien faire, être paralysée par la peur etc.).
Publié en 2018, il y a quatre ans, ce premier tome met en exergue ce qui pend au nez d'une femme (vous me trouvez sexiste ? Pourtant, ce que vit Charlotte, en-dehors des créatures de l'ombre s'entend, je l'ai vécu et ne le souhaite à personne. Je suis à peu près sûre que d'autres femmes ont été dans sa situation et n'ont pas osé, pour les mêmes raisons que notre héroïne, en référer) ; bien entendu, si vous avez regardé New Girl, vous saurez que la situation professionnelle de Schmidt est aussi peu enviable. Néanmoins, ces mises en situation ont été l'une des raisons qui m'ont fait apprécier ma lecture. Les autres raisons sont les suivantes : une fluidité dans la narration, un humour décapant qui nous fait sourire, un raisonnement très moderne de Charlotte que je plussoie ! Un style d'écriture introspectif qui fonctionne avec ce récit.
Le récit, parlons-en. Ceux qui marchent dans les ombres sont les créatures de l'ombre dont font partie Elias Lesath et son grand-frère Adam. Le premier, petit garçon de dix ans, débarque dans la vie de notre héroïne, grand admirateur de Charlotte Corday. Mais si, vous la connaissez, Charlotte Corday, "la plus grande assassin de notre pays". En vérité, vous connaissez ce tableau :
Marat assassiné" par David : un chef-d'œuvre de communication politique ?

Jean-Paul Marat, assassiné dans sa baignoire par Charlotte Corday. Un peu d'histoire, que diable ! Notre petit Elias est un fervent admirateur de Mademoiselle Corday. Forcément, Charlotte portant le même prénom, lui est déjà sympathique. Quand le jeune Lesath s'installe, non sans laisser planer un doute sur qui et ce qu'il est, la vie de Charlotte prend une tournure fantastique : Elias est issu d'une famille de tueurs à gages, les Lesath, dont l'emblême est le Scorpion (Scorpi). Quand le petit enfant lui demande le plus naturellement du monde si elle souhaite qu'il tue pour elle, la passivité de la jeune femme le met à rude épreuve : personne ne mourra tant qu'il sera sous son toit. Loyal mais ayant une idée derrière la tête, Elias cède à contre-coeur. Eh oui, quand on est tueur à gages, même du haut de nos dix ans, il est difficile d'accepté sans bougonner. 
Ce n'est pas tout : comme l'annonce la quatrième de couverture, Charlotte tombera sous le charme d'Adam, sans nous en dire davantage et c'est tant mieux ! Je dois admettre que le passage où le grand-frère débarque est mon préféré : la tournure des pensées de Charlotte est franche et satisfaisante, dans le sens où oui, nous aurions toutes -et tous?- pensé la même chose qu'elle. La fraîcheur de l'écriture de Roxane donne un rythme au texte qui enchante le lecteur et, oui, rend addictif. J'ai lu le Poche en quelques jours à peine, délaissant sans scrupule mes Athéniens et mes Spartiates d'Assassin's Creed.
Dans une autre tonalité, la mise en place de l'histoire (histoire qui s'étend sur trois tomes), même si elle met du temps à venir, convainc le lecteur et donne des pistes quant à la suite (je n'ai pas osé lire la quatrième du tome 02 que je n'ai pas encore). Aspect appréciable à mon goût : Paris, où se situe l'aventure, n'est pas aussi présente. Non pas que ce soit une ville que je porte dans mon coeur, mais il arrive que des pavés de descriptions à la Zola sur notre capitable troublent ma lecture et ne me fasse perdent l'intérêt pour le fil rouge. En-dehors du Jardin d'Acclimatation qui n'est connu que des franciliens et des parisiens, la vie de Charlotte qui, somme toute, peut être aisément triviale par sa similitude avec la nôtre, ne sera pas si difficile à s'imaginer (n'ayant pas vouly gâcher ma lecture avec Google Image et Jardin d'Acclimatation, il n'a pas été évident de savoir de quoi il était question).
En parlant de déconvenue, les pensées de Charlotte à l'égard d'Adam peuvent, à mon sens, parfois, souvent, trop, dévier dans du sentimental que je répugne (le mot est fort, j'ai tout de même levé les yeux au ciel en lisant les passages). Cela dit, ils sont suffisamment espacés pour ne pas gâcher ma lecture. Autre point qui m'a posé problème : la tendresse de Charlotte vis-à-vis d'Elias. On va dire que je chipote, or, je n'a aucune affection pour les enfants, ce qui rendait problématique d'accepter que Charlotte utilise aussi souvent des adjectifs tendres et affectueux pour désigner Elias, qu'elle ne connait que depuis quelques heures -minutes. Ou alors je n'ai pas de coeur et cela n'est dû qu'à mon manque d'affection pour les enfants. Quoiqu'il en soit, ces surnoms n'ont pas été gênants. Dernier point noir : l'utilisation excessive des points d'exclamation (!). Oui, il peut arriver que l'on hurle dans notre tête, que l'on soit victime d'une passion dévorante qui puisse justifier de les utilier, mais aussi souvent ? Hum... Encore une fois, à vous d'en juger.
Malgré ces quelques mauvais points qui m'ont fait grincer des dents, grimacer, mais qui ne m'ont aucunnement donné envie de m'arrêter, la saga Scorpi a été une agréable et surprenante découverte ! Je ne m'attendais pas à aimer autant. Pour cela, je le conseille vivement car, quand on veut du fantastique avec une touche d'humour dans un esprit du XXIe siècle, il faut se jeter dessus sans hésiter !

Saga Lignées de l'ombre - Roxane DAMBRE

<< Vous est-il déjà arrivé de trouver une fée à l'agonie sur votre canapé ? Moi qui pensais que mon plus grand défi cet été, ça serait d'aider le resto où je suis cheffe à décrocher une étoile, j'ai dû revoir très vite le sens de mes priorités ! Parce qu'en la recueillant, j'ai découvert que les fées ne sont pas les seuls êtres magiques qui existent. Les Chasseurs qui les traquent sont là, eux aussi. Et il y en a un en ville prêt à tout pour mettre la main sur celle que je tente de guérir.Le pire dans l'histoire ? Alors que je me retrouve plongée dans ce conflit surnaturel, on m'attribue un nouveau commis en cuisine. Un certain Élias. Il est vraiment très sexy et il assure avec des couteaux. Sauf que ce n'est pas le moment de fantasmer. J'ai une fée à sauver et un Chasseur à éviter.Problème : j'ignore complètement à quoi ressemble ledit Chasseur mis à part qu'il a... des « pieds de chèvre ».Ah, oui, j'ai oublié de vous dire : les fées sont nulles pour donner des infos utiles... >>

Suite de la saga Scorpi, Lignées de l'ombre prend place quinze ans après la fin du tome 3 de Scorpi : ceux qui tombent les masques.

Nous suivons Mahaut, cheffe des Bulles, restaurant situé à Epernay, qui rêve de trouver un commis pour l'aider en cuisine. Le but de la jeune femme est de capter l'attention du Guide Michelin pour gagner une étoile mais cela s'avère difficile compte tenu de sa situation : seule, sans l'aide adéquate, elle n'a que peu de chance d'y arriver. Par chance, un jour débarque une viking aux nattes blondes, marraine d'un homme qui, semblerait-il, est intéressé par une reconversion professionnelle dans le domaine de la cuisine. Ni une ni deux, la cliente remet le CV de son neveu à la patronne des Bulles. Le lendemain, le nouveau commis de Mahaut débarque à neuf heures tapantes sur sa moto et se présente sous le nom d'Elias Pivert.

Comme annoncé dans le synopsis, il est question des Chasseurs de créatures fantastiques que nous avons quitté à Venise du temps de Charlotte et Adam, excepté que quinze ans plus tard, ils agissent à Epernay et qu'une fée répondant au nom de Laurette ait été victime de l'un de ces Geisjäger. Afin de fuir, Laurette se faufile dans un appartement au hasard, celui de Mahaut, qui le soir après un service, découvre (en plus des dégats causés par la rixe entre Laurette et le Geistjäger) la petite fée anéantie, sur le point de mourir, sur son canapé. Bien évidemment, lorsqu'on est humaine, une fée sur son canapé force à reconsidérer ses croyances et Mahaut y fait face avec sang-froid et diligence. Hélas, la situation est critique : Laurette doit absolument ingérer des pâquerettes de lune ou elle mourra. Mahaut, qui garde la tête sur les épaules en dépit de l'inconguïté de la situation, sollicite son entourage pour trouver ces fameuses pâquerettes que les humaines ne peuvent cultiver, quand une personne lui répond par la positive. À partir de là, la grande aventure commence...

Sans en dévoiler davantage (ce n'est jamais mon intention), nous retrouvons la plume humoristique de Roxane Dambre à travers le caractère fort, indépendant et sanguin de Mahaut. Même si, parfois elle semble être une Charlotte-bis, des éléments viennent troubler cette impression pour nous permettre de découvrir un nouveau personnage qui n'hésite pas à tout prendre au second degrés (en ce qui concerne les propositions d'Elias de tuer une personne. Forcément, on fait tous dans l'humour, non ? Même le noir.) Ce fut donc un plaisir de retrouver la famille Scorpi, son univers et, surtout, une nouvelle aventure centrée autour des Geisjäger qui avait été amorcée en toute fin de la saga Scorpi.

Déracinée - Naomi NOVIK

Déracinée - Livre de Naomi Novik

Déracinée de Naomi Novik est un ouvrage j'ai malheureusement abandonné en début d'année. Je n'étais pas dans l'histoire, je n'arrivais pas à entrer dedans, alors je l'ai laissé pour le reprendre le mois dernier. Je n'avais lu que les deux premiers chapitres et j'ai repris là où j'avais laissé Nieshka, notre héroïne. Et voici que je tombe dedans, tête la première.

Depuis toujours, le village de Dvernik est protégé des assauts du Bois - une forêt maléfique douée d'une volonté propre - par le «Dragon», un puissant magicien. Celui-ci, en échange de ses services, prélève un lourd tribut : à chaque génération, la plus jolie jeune femme de la communauté disparaît dans sa tour. Cette année, c'est Kasia qui sera choisie. Forcément, c'est la plus belle, la plus populaire. Personne n'en doute, et encore moins Agnieszka, qui n'a jamais voulu de cet honneur. Mais les choses ne vont pourtant pas se passer comme prévu, et Agnieszka va découvrir un monde au-delà de l'entendement...

Après lecture (il me reste 150 pages avant la fin), je dois préciser que la fin de cette quatrième de couverture "Mais les choses ne vont pourtant pas se passer comme prévu, et Agnieszka va découvrir un monde au-delà de l'entendement", ne rend pas hommage à tous les événements qui se produisent. La couverture, elle, dépeint bien l'univers : les ronces, feuilles ou roses pour le Bois ; le village de Dvernik et, très certainement la maison de Nieshka (surnom de notre héroïne) dans l'ombre de la tour du Dragon.

Effectivement, elle entre au service du Dragon : dans sa tour, loin de sa famille, elle apprendra la magie, la sienne, celle qu'elle fait évoluer car toutes les magies des magiciens ne se valent pas. Avec elle, nous apprendront comment elle déploie sa force pour se protéger et, surtout, défendre ses terres du Bois.

Car le Bois est l'antagoniste. Il est vivant, intelligent, active, réfléchi. Il n'est pas qu'une zone, qu'un bois, une forêt semblable aux autres. Il est là pour envahir, tuer et transformer. Toute personne prise dans les mailles du filet du Bois mute, quitte son enveloppe humaine pour devenir une créature létale et propre au Bois. Par exemple, il existe des sortes de marcheurs, des humains ayant été avalés par le Bois et qui ont muté en branche. Ou en brindille. Bref, ils ne sont plus humains mais appartiennent au Bois. Ces êtres sont des cauchemars pour les enfants, car quiconque en croise ne peut revenir au village.

Mais reprenons avec Agnieszka, qui est formée par le Dragon alors que tout indiquait, depuis des années, que Kasia serait sélectionnée. Tout part de là, et tandis que Nieshka apprend à maîtriser une magie improbable, car elle-même ne s'en croyait pas capable, arrive le Prince Marek, désespéré, à la recherche d'un moyen de sauver sa mère avalée par le Bois depuis vingt ans ("Elle n'est pas morte, je vais vous le prouver en entrant dans le Bois et en la délivrant !", voilà un peu son discours). Le Prince Marek vient quérir l'aide du Dragon (magicien qui tous les dix ans prend une fille du village, la forme à la magie et la laisse partir en ville, notez cela), et quand il apprend que notre héroïne est une sorcière, entrevoit la possibilité de se servir d'elle pour parvenir à ses fins. Mais lequelles ? Ca, c'est une chose que vous saurez en lisant le livre ! C'est toute la deuxième partie de l'ouvrage. La première étant la formation jusqu'à un événement clef qui bouleverse tout le monde au sein de la Tour du Dragon.

Car oui, Nieshka est prise dans un tourbillon qui, certes la dépassent, mais elle apprend aussi que le Royaume lui-même est menacé et que son petit village, situé à 10km du Bois, est stratégique. Entre autre, ce roman réunit des problématiques magiques, amoureuses, mais surtout politiques. Car oui, qui dit prince, royaume, Bois menaçant, dit intrigues, mensonges, dissimulations, enjeux. Notre jeune sorcière ne découvre pas un monde au-delà de l'entendement mais que son monde est sur le point de disparaître si elle n'engage pas, elle ainsi que le Dragon, les magiciens de la cour, les paysans du royaume et le Roi lui-même, une guerre contre le Bois pour l'arrêter. Car cet être énigmatique est présent depuis des siècles et nul ne sait depuis quand exactement il a commencé à croître.

L'intérêt de ce roman est de défier un ennemi bien plus intelligent que soi, plus solide, plus téméraire et malin, qui sème la discorde et le doute dans chaque être humain. Une fois l'infection achevée, un humain est sous l'emprise du Bois et les magiciens disposent de reliques et de sorts pour estimer si une personne est infectée. Sauf que chaque infection est synonyme d'exécution. Personne ne peut déjouer le Bois, personne ne peut en ressortir sain d'esprit. Nieshka elle-même en fera les frais, se rendra compte de la complexité du Bois, de sa faiblesse aussi face à lui. Elle devra prendre des décisions lourdes de conséquences. Le tout pour faire avancer l'histoire, certes, mais cela permet de sonder l'âme humaine, sa complexité, sa contradiction. Grâce aux personnages, Naomi Novik explore un monde dans lequel je me suis laissée choir, quand bien même ai-je eu du mal à entrer dedans.

D'aucuns diront que Agnieszka atteint trop vite son plein potentiel, que cela n'est pas cohérent, seulement il faut faire avancer les choses et notre héroïne, quoique maladroite et pas très propre sur elle, manipule une magie différente de ses congénères magiciens, et cela on l'apprendra à un moment crucial, en lien avec les jeunes filles sélectionnées par le Dragon (et pourquoi ce dernier tous les 10 ans réitère sa moisson). L'univers est cohérent et nous plonge dans une atmosphère médiévale fantasy.

Les oiseaux du Paradis - Oliver K. LANGMEAD

Les oiseaux du paradis

Et si Adam avait survécu à la disparition d’Eden ?
Et si, créé avant la mort-même, il était immortel ? Il arpenterait le monde, épuisé par le cycle éternel de vie et de mort de l’humanité. Sous ses côtes, bat le cœur d’Ève ; dans sa mémoire, son souvenir faiblit pourtant. Il n’est pas seul : disséminés à travers le monde, à l’abri des regards, les bêtes du Jardin agissent, exilés éternels mais puissants métamorphes : Pie, Corbeau, Chouette... leurs actions inconnues des hommes. Mais voilà que des morceaux du Jardin réapparaissent, suscitant la convoitise. Avec l’aide des premiers animaux, Adam doit empêcher qu’il devienne le jouet de l’humanité. Après des siècles de solitude, pourra-t-il sauver son foyer perdu depuis longtemps ?
Le reconstruire pourrait bien être la clé pour reconstruire sa vie.

Oliver K. Langmead est un écrivain rare, à l’imagination féconde, porteuse de sens et d’une préoccupation environnementale profonde. Sa plume brillante et poétique, nourrie de couleurs et d’images, pétrie de mythes, d’histoires et d’une humanité bouleversante où la violence joue aussi son rôle, font de lui une véritable révélation. 

Une plume colorée et riche, dont la quiétude nous emporte au fil des pages. Il n'y a pas, certes, d'action comme on en lit un peu partout, car il s'agit d'une sorte de contemplation d'un paradis perdu, d'une existence perdue au milieu des multiples identités qui ont agité la vie d'Adam et l'ont rendu tel qu'il est aujourd'hui. On dira dans le livre qu'Adam est un idiot qui n'a mangé le fruit de la connaissance que parce qu'il avait faim, et pour aucune autre raison, car il est très peu loquace. Sauf que nous, lecteur, n'avons pas cette impression en lisant le texte : Adam est assailli par sa sourde douleur dont la forme d'épines lui creuse la tête et l'empêche de se souvenir -car les souvenirs blessent et rendent malheureux. Alors oui, certes, il n'est pas loquace mais nous avons accès à ses pensées, celles qui remontent à Eden et à ses nombreuses existences depuis qu'il est sur Terre, et nous pouvons saisir les raisons qui le poussent à agir. Le texte est dense, les dialogues paraissent pauvres à côté, mais tout l'intérêt du livre n'est pas dans les échanges. Adam livre un combat interne tout du long, qui lui demande de prendre position en oubliant qu'il est le père de ses enfants. Au-delà de ça, il fait face, avec Corbeau, Corneille, Pie et bien d'autres animaux issus d'Eden aujourd'hui sur Terre comme lui et Eve, à une chose à laquelle il ne s'attendait pas : des réminiscences d'Eden sur Terre, convoitées et réunies. Eden a disparu pour une raison, elle ne doit pas être reproduite, et c'est là toute l'histoire de ce roman : empêcher Eden de renaître au milieu des humains.

Saga Nevernight - Jay KRISTOFF

Nevernight - Jay Kristoff

Nevernight est une série en 3 tomes imaginée par Jay KRISTOFF, également auteur de L'Empire du Vampire. Jay Kristoff est Australien, lauréat de nombreux de Aurealis Award for Excellence in Speculative Fiction, prix décernés aux auteurs Australien dans les catégories Science-fiction, fantasy et horreur (avec de nombreuses sous-catégories). En 2013, il a obtenu un prix dans la catégorie Nouvelle Fantasy pour son titre La guerre de Lotus, et en 2016 en Roman Fantasy pour Nevernight, notamment. En 2017 le prix en Roman de Fantasy pour Godsgrave (volume 02 de Nevernight). 2018 Roman de Science-fiction avec Lifel1k3.  Et enfin en 2019 deux prix décernés conjointement à Amie Kaufman dans les catégories Roman de Science-fiction et Roman pour Jeunes Adultes pour le même titre Aurora Squad.

Nevernight est un titre que j'ai acheté en raison de la belle édition cartonnée et collector des éditions De Saxus. Ce sont les versions Poche que j'ai lu, forcément, aux éditions J'ai Lu. Ce qui m'a d'abord frappé dans la lecture de Nevernight, c'est le narrateur. Le récit est construit à la troisième personne, avec un narrateur omniscient qui brise parfois le quatrième mur comme le fait Deadpool (si vous voyez ce que je veux dire). L'humour fait partie de la personnalité de ce narrateur, qui n'hésite pas à nous faire une description (parfois pompeuse) de tout le système politique, géopolitique, géographique, historique, bref, plein de mots en -ique, qui sert à souligner comment le monde dans Nevernight fonctionne et est gouverné. Ces descriptions, je dois avouer, sont vites devenues une torture pour moi. Cela ne sera toutefois, ou n'a pas été, votre cas (les lectures, après tout, sont différentes selon chacun), mais cela desservait plus que ne servait à m'en apprendre davantage sur l'univers. Non qu'elles soine trop nombreuses, mais trop longues. Il arrive que ces notes de bas de page prennent l'intégralité d'une page du format Poche, allant jusqu'à deux ou trois moitiés de pages. Leur longueur me faisait oublier l'action dans laquelle était Mia. J'ai donc dû faire un choix et les mettre de côté pour plus tard (ou pas). Il aurait été plus judicieux, je pense, de créer une sorte de Carnet en fin d'ouvrage, pour expliquer cet univers, et non l'intégrer au texte, bien que l'intérêt de ces notes de bas de page soit aussi de donner du caractère au narrateur, car l'humour dans ses propos donne de la légèreté, en tranchant avec le sérieux du récit en cours, nous obligeant à revenir à un point essentiel : l'histoire nous est bien narrée par une figure Arlésienne (un personnage invisible, dont il est fait référence mais qu'on ne voit jamais). Notre narrateur existe, il revient souvent à la charge (par des notes de bas de page ou en brisant le quatrième mur en plein récit pour nous interpeler). De qui s'agit-il ?
C'est un aspect de l'écriture de Jay Kristoff que j'ai beaucoup apprécié. Cela change des précédentes lectures et permet une approche originale, singulière, de l'histoire.

Nous suivons Mia (le prénom arrive tardivement), jeune orpheline en quête de vengeance suite au trépas de sa familia. Pour devenir l'objet de son engeance, elle doit être formée et ce, dans la meilleure des écoles possibles. Son Shahiid (maître, professeur) Mercurio, lui dévoile l'existence de l'Eglise Rouge, lieu mythique et secret de formation au métier de tueur de l'ombre, si je puis dire. Le but de l'Eglise Rouge est de tester et former de jeunes recrues, qui deviendront plus tard des Lames ou, s'il y a échec, des Mains (des serviteurs des Lames). Leur dévouement à la Déesse Niah, la Mère de la Nuit, va au-delà de tout ce qu'ils pouvaient imaginer, demandant de nombreux sacrifices et une inflexibilité qu'ils acqueriront au fil des mois de formation avec différents Shahiid. Sans trop en dévoiler, le tome 01 est l'instant de la formation de Mia, mais aussi de la présentation de l'univers, des religions, mythologies, rites et croyances au sein de l'univers dans lequel se déploit l'action. Des cartes sont intégrées au livre (j'aime les cartes!), permettant de comprendre où vont les élèves, d'où ils viennent, la distance parcourue pour parvenir jusqu'à l'Eglise Rouge, située dans un trou Oh combien paumé et préservé par un voile magique.

Magique. Magik. Des mots oubliés, des créatures massacrées pour répondre à un ordre idéal, parfait, imaginé par l'Eglise d'Aa, le Dieu de la Lumière et époux de Niah. Tout adorateur de l'Eglise de la Nuit est traqué et soumis à la torture, afin que chaque fidèle de la Mère la Nuit rejoigne les abîmes. Mia, vous vous en doutez, ne porte pas les fidèles de la Lumière dans son coeur, car sa familia a été terrassée par les adorateurs de Aa. Un moment qui vient très tôt dans le récit pour nous aider à mieux cerner la psychée de Mia. Pour en revenir à la magie, celle-ci est bien présente dans l'oeuvre et est soumise à des lois que ne peuvent ignorer les utilisateurs. Une sorte d'échange équivalent. Je n'en dévoilerai pas davantage.

Pour ce qui est du développement du récit, celui-ci est scindé en deux temps : un temps au présent où l'on suit Mia quasiment jeune adulte, à la recherche de l'Eglise Rouge, et un temps au passé, où l'enfant qu'elle était subit le traumatisme de voir son père pendu pour trahison ou encore son chat tant aimé, Maître Flaque (vraiment bien trouvé comme nom pour un chat qui fait pipi à côté) qui était tout pour elle, se faire tuer (oui, si vous n'aimez pas la violence animale, ce moment ne vous ravira pas) sans une once d'hésitation par des adeptes d'Aa. Cette enfant qui survit tant bien que mal et trouve finalement refuge chez Mercurio, son futur Shahiid. Ces instants de retour dans le passé sont essentiels aussi pour comprendre l'un des personnages clefs de l'oeuvre : Gentilhomme. Une ombre qui suit Mia depuis cette enfance traumatisante, depuis l'instant où elle a dû fuir sa maison pour survivre. Car Mia est une enténébrée, une personne capable de manipuler les ténèbres, les ombres, d'en faire une cape la rendant invisible aux yeux des autres. Une technique qu'elle utilise beaucoup. C'est aussi l'un des grands mystères de Nevernight. Que signifit être Enténébré ? Pourquoi est-elle la seule à être marquée par la Déesse de la Nuit ? Qu'est-ce qui la rend unique ?

Ce dernier mystère est bien entendu d'emblée légèrement annoncé par le narrateur dès que l'on commence Nevernight : Mia est à l'origine de la fin de Sépulcra, du culte d'Aa. Elle est la Tueuse de Roi, la Faiseuse de Roi. Mia est notre héroïne (vraiment ?) marquée par Niah. Mais le plus intéressant est le voyage, pas la destination. C'est tout l'intérêt de cette série. Nous savons le destin de Mia, ce qu'elle fera. Or, la manière dont elle deviendra l'une des tueuses les plus redoutables est l'essence de l'histoire. Quels seront ses ennemis, ses alliés. Comment elle découvrira les raisons de la sa Marque de Niah. L'origine de Gentilhomme. La quête de la vengeance. Le trépa de Sépulcra.

La voie des oracles - Estelle FAYE

La voie des Oracles, I : Thya

Prix Actu SF de l'Uchronie 2016, La voie des oracles est une trilogie d'Estelle FAYE, auteure française connue pour Un éclat de givre ou plus récemment La dernière Amazone aux éditions Rageot à destination de la jeunesse.

Avec comme matière première le fantastique, La voie des oracles : Thya, s'inscrit dans un Empire Romain en déclin, où la religion polythéiste est petit à petit remplacée par celle monothéiste que nous connaissons bien : le Christianisme. On peut supposer que l'action prend place entre le IVe et début du Ve siècle, puisque le Sac de Rome par les Vandales (qui constituent une menace dans le livre) est fait en 455. Le peuple change de religion, autant pour se protéger moralement que physiquement, sachant que les païens étaient mal vu et qu'une chasse était organisée. Les sorcières, les magiciens, les oracles, tous ceux-ci devaient trouver la paix et le pardon en abandonnant leur croyance pour celle miséricordieuse du Christ, ou trouver sa place sur un bûcher pour hérésie. C'est ce que l'on retrouve dans l'univers de Kaamelott, pour les fans.

Imaginez-vous donc une ère chrétienne dans l'Empire romain, où Rome reste la capitale de la décadence, des dernières lubies. Une ville de folie. Sauf que notre histoire prend place en Aquitania, soit l'actuelle Aquitaine (sud-ouest), dans une villa bien tranquille, où vit Thya, notre héroïne de seize ans. Son père n'est autre qu'un célèbre général de l'armée romaine : Gnaeus Sertor, qui aurait repoussé des Vandales et protéger l'Empire des invasions. Cependant, le premier chapitre ne présente pas notre héroïne comme c'est souvent le cas, mais son protecteur : le Faune, ou Satyre chez les Grecs, un homme-bouc que l'on voit accompagner Dyonisos/Bacchus dans ses cortèges, ainsi que l'événement clef du récit : l'attaque de Gnaeus Sertor par les Pictes. Le Faune y assiste, avec une Dryade qui sauve Sertor "pour que sa fille parte le sauver". Or, s'il est encore en vie, de quoi faut-il le sauver ? C'est là tout l'intérêt de la saga.

Entre le Destin qu'elle sait inévitable et son don d'Oracle, Thya voit dans ses visions des événements qu'elle sait inévitables. Elle accepte donc que sa vision de Brog soit déterminante dans la survie de son père et se lance dans une aventure de plusieurs kilomètres depuis l'Aquitaine pour atteindre une région dangereuse aux confins de l'Empire déchiré. Hélas, son frère Aedon la poursuit, il a un tout autre destin pour elle et Thya ne le partage pas. Sa fuite est double, autant pour servir son Destin que s'éloigner de son frère qui fera tout pour la récupérer.

Notre Oracle croise la route de deux hommes qui deviendront ses acolytes : Mettius, un ancien légionnaire ayant servit Sertor, et Enoch, un maquilleur. Tous les trois, depuis l'Aquitaine, devront remonter la Gaule jusqu'à Brog (je vous avoue que je n'ai pas trouvé Brog dans Google...), ce qui permet de faire un tour de France à la sauce latine ! Leur route trouvera la fameuse Via Aquitania, les villes de Varatedo (Vayres) en Gironde, pour remonter vers Burdigala (Bordeaux), puis vers Lutèce (Paris) où le fleuve Sequana (la Seine) les mènera plus bas, vers Andemantunnum (Langres). Le but est de passer le Monte Vosego (les Vosges), au niveau du plateau de Ligons, et accéder enfin à Brog. Durant tout ce chemin, Thya devra cacher qu'elle est Oracle, car les prêtres et autres fanatiques chrétiens arpentent les routes pour prêcher la bonne parole. Si Thya est découverte, elle risque de passer un mauvais quart d'heure puis d'être brûlée.

Voir la carte de l'ancienne Gaulle

Les noms latins forcent à revoir nos cours d'Histoire, et ce que j'ai apprécié c'est aussi de mélanger les termes latins au texte afin de nous mettre dans l'ambiance, car Thya porte des stola, ces vêtements typique de l'époque. De même, quand les personnages se croisent ou se hêlent, le terme Vale est utilisé, ce qui signifie bonjour et au revoir en même temps. Le texte en lui-même est simple mais travaillé. Je sens parfois et aimerai, surtout, que la complexité d'un personnage ou sa psychée soit développée ou tournée d'une autre manière, plus complexe, mais c'est justement car l'ouvrage est accessible pour un adolescent que je me sens frustrée. Pour autant, cela n'enlève rien au charme du récit et à l'aventure, car chacun de nos trois voyageurs dissimule quelque chose : Enoch, Mettius et Thya. Un secret qu'il se garderait bien de dévoiler et qui rend le personnage intéressant. Quand viendra la vérité, comment les autres réagiront-ils ? L'importance de chacun dans la quête de Thya n'est pas à négliger.

En-dehors de notre Faune et de sa chère Dryade, on fait la connaissance de divinités et esprits issus de nombreuses mythologies, comme une Ondine (dans la mythologie celtique et les légendes alsaciennes, ce sont les esprit des rivières et des lacs, des dérivés des dryades et naïades), Culsans (le dieu de la conception et des portes ouvertes dans la mythologie étrusque, un dérivé de Janus) ou Nodens (mythologie celtique, dieu guérisseur et dieu pêcheur). Ainsi, cela nous permet d'avoir une vue d'ensemble des croyances, esprits et déités qui vivent en harmonie, quand bien même l'ombre du christianisme plane sur eux.

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